Dimanche 16 mai 2010 7 16 /05 /Mai /2010 13:33

 

Il est des lieux avec qui l'on partage plus ou moins d'affinité, de complicité. Une fois qu'on les a quittés, on ne cesse de vouloir les retrouver. Fin et apogée du voyage, les montagnes du Sinaï font partie de ceux-ci, qui depuis notre première rencontre, m'appellent, me hantent et m'obsèdent. Profitant de ces dernières heures égyptiennes, j'y retourne pour une dernière petite escapade. Cette fois-ci, j'abandonne le vélo; dans le sable et les rochers, il ne me serait d'aucune utilité. Je ne pars pas seul non plus; Paige, une couch-surfeuse, se joint à la petite expédition.

"Il y a trois mois, on a eu de la pluie, c'est une bonne année, vous trouverez de l'eau partout" nous dit-on au village d'Abu Sila. C'est vrai, au creux des wadis nous rencontrons quelques points d'eau, mais le liquide verdâtre et croupis que l'on y trouve ne me fait pas très envie ... Les rencntres, plus rares encore que les puits, en sont d'autant plus délectables.

Ce que j'apprécie chez les Bédouins, c'est leur solennité ou plutôt leur sens du tragique. Le désert, c'est quelque chose de sérieux, il mérite crainte et respect car avec lui, on ne rigole pas, il ne le permet pas. Il engage hommes et femmes dans une lutte sans fin. Contre le soleil , contre la sécheresse, pour l'eau et la vie. De ce noble combat découle peut-être cette gravité et cette dignité que je leur reconnais. Cet homme qui descend du col avec sa fille et son âne, ne sourit pas, ne plaisante pas. Mais par le ton de sa voix, par ce petit froncement de sourcil ou par tout autre petit signe imperceptible, il nous exprime une profonde et grave sympathie qui vaut bien mieux qu'un babil futile.

 

Un peu plus haut dans la montée, nous croisons un groupe de marcheurs encadrés par un policier.

- Où est votre guide? ( dans cette région il est interdit de randonner seul )

- Nous n'avons pas besoin de guide.

- C'est interdit, il y a un problème.

- Pourquoi ça, un problème?

- Un gros problème !

 

Et le voilà qui monte sur ses grands chevaux. Le guide du groupe arrive à la rescousse. "Quentin ? Mais qu'est ce que tu fais là ?!" Le guide, c'est Essam, un ami que j'avais rencontré il y a deux mois, lors de mon premier passage au Sinaï ! " Ce flic nous suit depuis le village, il veut être sûr que l'on ne dorme pas dans la montagne" Lui aussi parait exaspéré. " Écoute, si tu continues comme ça, il va se braquer. Il vaut mieux lui raconter n'importe quoi, tant pis s'il faut mentir. Je m'occupe de lui parler et toi après chaque phrase, tu dis OK." Ni l'argumentation d'Essam ni la mienne ne viennent à bout du têtu fonctionnaire mais après tout, seul dans le désert... que peut-il bien faire? " Yalla Paige, on y va !" Coupant court au débat, nous continuons notre chemin coûte que coûte. Le bonhomme rechigne bien entendu, il grommelle et tempête, mais comme il ne peut courir deux lièvres à la fois, il choisit le plus gros et, à reculons, emboîte le pas des marcheurs qui s'en vont.

Ce soir, nous assistons à un petit miracle. Du vallon aride jaillit une cascade d'eau claire. Oh, pas bien grosse la cascade, à peine plus large qu'un pouce, mais à son pied, taillé dans le granit, un large bassin s'est formé. Prendre un bain dans le désert, quelle étrange sensation...

 

Le lendemain, nous ne croisons ni Bédouins, ni marcheurs, ni policiers, personne, mis à part un papillon, 3 lézards et le braiment d'un âne au loin. Après un premier col, nous gravissons les flancs noirs du mont Abbas Pasha. L'arrivée au sommet n'est rien moins que grandiose, autour de nous se déploient vertigineusement les montagnes orange, rouges et noires, les plaines de sable et les wadis ombragés. L'antécime est couronnée d'un château en ruine, ce sera notre chambre d'une nuit. Je crois que le réchaud a définitivement rendu l'âme. Comme il refuse de nous offrir son feu, nous cuisinons aux brindilles et crottes de chameau, ce qui est à la fois amusant et efficace.

Au couché du soleil, juché sur le rempart Est, les mains en porte voix, j'entonne le fajj (appel à la prière). D'abord hésitant, je prend a chaque nouvelle phrase un peu plus d'assurance. Ma voie s'enfle, s'élance dans le vide, fend le silence du désert et semble en occuper tout l'espace. Entre les formules, je veille à respecter la pause règlementaire. Et dans ces intervalles de silence se glisse les chants lointains du muezzin de Sainte Catherine. " Allah est grand, Allah est grand, venez à la prière, venez au salut ..."

Avec la nuit, le froid tombe subitement. Comme un petit vent se lève, nous construisons un abri de pierres en haut de notre château et, emmitouflés dans nos duvets, nous attendons sagement le spectacle des étoiles. Timidement, une à une, elles entrent en scène. Les constellations se forment, la voie lactée apparaît et, périodiquement, les étoiles filantes animent le show. 

18072093

 


Par Quentin
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Samedi 1 mai 2010 6 01 /05 /Mai /2010 22:46

  01.05.10

 

Il existe différentes manières de raconter une ville, de retranscrire son ambiance. La photographie est fidèle, elle décrit un visage, un geste, une luminosité dans ses moindres détails, mais si figée qu'elle perd parfois en vitalité. L'écrit bien que plus imprécis (ou plutôt pour cela même), laisse plus de liberté. A chaque blanc, à chaque lacune descriptive, l'imagination prend le relais, anime les personnages et emporte le lecteur au delà du simple texte. Mais certains lieux sont réfractaires :  ni le stylo ni l'appareil photo ne réussissent à les apprivoiser. Il faut alors trouver d'autres ruses, d'autres pièges pour les capturer. Comme l'appareil photo, le micro enregistre une réplique du réel, il regorge donc de détails mais ne brime pas  pour autant l'imagination. Ce dernier est sans doute le plus approprié aux rues cahotiques du Caire.

 

Musique de rue

 

 

La plupart de ces sons ont été enregistés aux alentours du métro Ataba, un lieu ou la frénésie urbaine est à son comble. Les cris des marchands rivalisent avec ceux des voitures ou encore celui plus mélodieux du muezzin. Si vous tendez l'oreille,  vous entendrez aussi quelques tintements. Le premier provient  des livreurs de gaz (qui vont souvent par deux), l'un conduit le cheval tandis que l'autre, assis sur la carriole, frappe les bouteilles de gaz avec un objet métallique.  Quand au deuxième, il s'agit du vendeur de boissons fraîches, il joue des cimbales en entrechoquant deux coupelles métalliques.

 

Traduction de la conversation arabe dans quelques temps  ...

Par Quentin
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Vendredi 30 avril 2010 5 30 /04 /Avr /2010 19:53

28.04.10

Par cette longue, longue veillée, il me prend l'envie soudaine d'écrire, de conter ce qui m'entoure et pour quelques instants, vous emmener avec moi, en haute Égypte, dans ce train de nuit qui nous ramène au Caire.

La chaleur de la journée fut écrasante et c'est donc avec impatience que l'on attendait la fraîcheur du soir. Mais aujourd'hui la nuit est avare, elle ne nous apporte qu'un air tiède, terriblement sec par ailleurs. Celui ci s'engouffre par la porte ouverte et les fenêtres cassées, chasse les nuages de nicotine mais assèche les muqueuses. Il est 22 H, nous roulons depuis une heure déjà, je me demande bien quand allons nous arriver. Différentes rumeurs courent à ce sujet; les optimistes parlent de 10 H demain matin, d'autres annoncent midi, voire plus tard ... "C'est le genre d'expérience que l'on trouve amusante les trois premières heures, insupportable après" plaisantait Delphine avant d'embarquer. Pour l'instant, je continue d'en rire, espérons que ça dure.

Dans ce wagon de troisième classe, impossible de s'ennuyer, il y règne une activité incessante. L'allée centrale est parcourue par une procession interminable de vendeurs ambulants. L'un porte des bananes sur la tête, l'autre transporte une immense théière, certains plus innovants proposent des montres, des fripes, des coupe-ongles, et plus généralement, tout ce qui se vend. Pour annoncer leur venue, ils ont chacun leur propre cri, leur propre mélodie, qu'ils répètent inlassablement en arpentant les compartiments. Lorsqu'ils se croisent , leurs refrains s'emmêlent et aboutissent parfois à de jolis accords. A chaque escale, le chef de gare se joint au concert improvisé, il sort la tête par la fenêtre et s'époumone dans son sifflet.

C'est compliqué d'écrire dans ce train, mon voisin prof m'interromps sans arrêt, tantôt pour apprendre le français, tantôt pour m'apprendre l'arabe. Comme il a décidé de faire travailler Delphine, je dispose d'un peu de répit. Je me contente de lui prêter mes genoux en guise de table. Mon voisin de gauche (le prof est celui d'en face) a retroussé sa djellaba pour se faire une piqûre dans la cuisse. Derrière moi, quelqu'un crache par terre et quand le premier a fini son injection, il essore son fromage dans le couloir avant de m'en offrir une énorme portion.

La scène la plus surprenante du trajet se déroule aux alentours de trois heures du matin. Un vieux bonhomme traverse le wagon, très lentement. A la forme de son turban, je l'imagine venir d'Assouan. Autour du cou, il porte trois ou quatre chapelets colorés et de son dos dépasse le canon d'un fusil. Ce dernier détail ne me surprend pas, les policiers égyptiens sont des gens tellement étranges... Beaucoup plus étonnant est le flacon de parfum qu'il tient à la main. Tous les 4 ou 5 sièges, il s'arrête, se penche vers un passager et lui dépose une goutte sur le dos du poignet...incompréhensible. J'en ai vu assez pour aujourd'hui, il est temps de me coucher. Je trouve une place de choix en dessous des sièges. Le sol est jonché de déchets, c'est vrai, mais je peux m'allonger tout entier et ça c'est tout ce qui m'importe pour le moment.

 

L'appel du désert

 

Il est des lieux avec qui l'on partage plus ou moins d'affinité, de complicité. Une fois qu'on les a quittés, on ne cesse de vouloir les retrouver. Fin et apogée du voyage, les montagnes du Sinaï font partie de ceux-ci, qui depuis notre première rencontre, m'appellent, me hantent et m'obsèdent. Profitant de ces dernières heures égyptiennes, j'y retourne pour une dernière petite escapade. Cette fois-ci, j'abandonne le vélo; dans le sable et les rochers, il ne me serait d'aucune utilité. Je ne pars pas seul non plus; Paige, une couch-surfeuse, se joint à la petite expédition.

 

"Il y a trois mois, on a eu de la pluie, c'est une bonne année, vous trouverez de l'eau partout" nous dit-on au village d'Abu Sila. C'est vrai, au creux des wadis nous rencontrons quelques points d'eau, mais le liquide verdâtre et croupis que l'on y trouve ne me fait pas très envie ... Les rencntres, plus rares encore que les puits, en sont d'autant plus délectables.

Ce que j'apprécie chez les Bédouins, c'est leur solennité ou plutôt leur sens du tragique. Le désert, c'est quelque chose de sérieux, il mérite crainte et respect car avec lui, on ne rigole pas, il ne le permet pas. Il engage hommes et femmes dans une lutte sans fin. Contre le soleil , contre la sécheresse, pour l'eau et la vie. De ce noble combat découle peut-être cette gravité et cette dignité que je leur reconnais. Cet homme qui descend du col avec sa fille et son âne, ne sourit pas, ne plaisante pas. Mais par le ton de sa voix, par ce petit froncement de sourcil ou par tout autre petit signe imperceptible, il nous exprime une profonde et grave sympathie qui vaut bien mieux qu'un babil futile.

 

Un peu plus haut dans la montée, nous croisons un groupe de marcheurs encadrés par un policier.

- Où est votre guide? ( dans cette région il est interdit de randonner seul )

- Nous n'avons pas besoin de guide.

- C'est interdit, il y a un problème.

- Pourquoi ça, un problème?

- Un gros problème!

Et le voilà qui monte sur ses grands chevaux. Le guide du groupe arrive à la rescousse. "Quentin ? Mais qu'est ce que tu fais là ?!" Le guide, c'est Essam, un ami que j'avais rencontré il y a deux mois, lors de mon premier passage au Sinaï ! " Ce flic nous suit depuis le village, il veut être sûr que l'on ne dorme pas dans la montagne" Lui aussi parait exaspéré. " Écoute, si tu continues comme ça, il va se braquer. Il vaut mieux lui raconter n'importe quoi, tant pis s'il faut mentir. Je m'occupe de lui parler et toi après chaque phrase, tu dis OK." Ni l'argumentation d'Essam ni la mienne ne viennent à bout du têtu fonctionnaire mais après tout, seul dans le désert... que peut-il bien faire? " Yalla Paige, on y va !" Coupant court au débat, nous continuons notre chemin coûte que coûte. Le bonhomme rechigne bien entendu, il grommelle et tempête, mais comme il ne peut courir deux lièvres à la fois, il choisit le plus gros et, à reculons, emboîte le pas des marcheurs qui s'en vont.

Ce soir, nous assistons à un petit miracle. Du vallon aride jaillit une cascade d'eau claire. Oh, pas bien grosse la cascade, à peine plus large qu'un pouce, mais à son pied, taillé dans le granit, un large bassin s'est formé. Prendre un bain dans le désert, quelle étrange sensation...

Par Quentin
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Vendredi 30 avril 2010 5 30 /04 /Avr /2010 17:42

25.04.10

 

A Assouan, nous louons une felouque et pendant deux jours, accompagnés de Mustafa notre capitaine, nous remontons le Nil à la voile. Ce soir, nous jetons l'ancre sur une petite plage de la rive ouest. Ces quelques dunes ornées de palmiers sont le royaume de jeu d'une troupe de gamins. Quand, avec Delphine, nous esquissons quelques jongleries et acrobaties , ceux ci s'asseyent devant nous et nous observent étonnés. Nos performances sont bien maladroites mais ils sont bon public. A leur tour de nous montrer leurs numéros, dévalant la dune en courant ils sautent, tournent et ,dans une gerbe de sable, accomplissent un saut périlleux. Après quelques jeux de lutte et autres courses à cloche pied, nous organisons une partie de béret . Ils adorent, en particulier lorsque j'annonce "koulou!" (tous !). D'un même élan, les deux équipes s'élancent alors vers le foulard. Ils apprennent nos jeux, nous partageons les leurs, et avec certains d'entre eux nous grimpons les palmiers pour en décrocher les jolis fruits.

Nous voyageons le long du Nil depuis une semaine déja et n'avons pas encore vu un seul temple ancien. "Oh quel dommage !" diront certains. Peut-être, mais au soleil couchant, du haut de ce palmier, les trésors antiques et touristiques ne m'attirent guère, mes copains nubiens valent bien davantage que toutes les momies du monde.

 

luttefelouque

Par Quentin
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Vendredi 30 avril 2010 5 30 /04 /Avr /2010 17:41

article à venir.

Par Quentin
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  • : petite reine méditerranéenne
  • petite reine méditerranéenne
  • : Une année à vélo autour de la mer Méditerranée, à la rencontre de nos voisins de l'est et du sud.

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