03.10.2009
Nous laissons derrière nous Mostar et son ambiance multi-culturelle pour nous
diriger à nouveau vers la côte, vers Dubrovnik, l'extrême sud de la Croatie. Nous voilà sur de petites routes pentues sous une pluie battante et rien ne semble s'arranger. Les villages
traverses n'ont de vilage que le nom, inscrit en cyrilique a l'entree et a la sortie des tas de ruines. Dans l'un deux, nous nous abritons quelques temps sous un abris en tole. Les anciennes rues
du village sont recouvertes d'une vegetation luxuriante, nous nous y enfoncons pour y trouver un meilleur spot de bivouac.
- Ce village il a ete bombarde non ?
- Oui et puis ?
- Les obus ils n'ont peut etre pas tous exploses ...
Nous revenons sur la pointe des pieds, finalement l'abris de toute a l'heure fera tres bien l'affaire. Nous sommes en bordure de route mais a l'abris du deluge. Bivouac visible, il faut
assumer : une patrouille de police qui s'etait fourvoyée dans ces contrées désertiques nous voit et vient se garer pleins phares face à nous. Deux silhouettes encapuchonnées s'extirpent de
la voiture pour rapidement venir nous rejoindre sous l'abri. Apres avoir manqué s'étaler par terre en se prenant les pieds dans un hauban de la tente, l'un deux prend la parole :
"Passeporte, dokumente..."
Apres vérification :
"-Alcool, cigarettes?
-Ne.
-Marijuana?...
-Ne, ne."
Et hop, il nous sert la main comme à de vieux potes retrouvés par hasard sur le bord de la route, puis remontent dans la voiture et n'oublient pas bien sur de nous saluer d'un coup de klaxon
en démarrant, tradition bosniaque...
Le lendemain,le ciel se dégage tranquillement, séchant nos habits. On traverse encore de la montagne, des paysages inhabituels, et retrouvons les premières figues Adriatiques. Nous choisissons un
petit village perché pour pique-niquer. Abimé par la guerre, il abrite quand même quelques habitants dont Dragan, professeur d'Histoire à la retraite, qui nous invite à manger sur sa
terrasse couverte de vigne.
Il nous offre son vin maison, nous fait goûter le fromage de ses chêvres et nous donne des raisins de sa treille pour le dessert.
Nous discutons à tâtons; nous repartons en le remerciant comme nous le pouvons mais c'est dur de lui dire que le naturel avec lequel il nous a accueillis nous touche...
Par une petite route à travers une enfilade, nous rejoignons la frontière croate, puis redescendons vers la mer. Pour la première fois, on voit au-dela des îles et pouvons discerner la
ligne d'horizon.
Belle petite descente, rapide retour au monde du littoral, nettement moins sauvage que les paysages de ces derniers jours. Nous arrivons dans un petit port et tombons sur un voilier francophone :
des suisses romands.
Ils nous invitent à prendre l'apero à bord. La belle affaire, depuis le temps qu'on parle de voiliers...
Pendant quelques semaines, il ont loué ce monocoque pour un Split-Dubrovnik-Split, de ports en îles, ça aussi, ca nous donne envie, déjà que cette idée trottait un peu dans nos têtes.
Un voilier semblable est sur le point de s'amarrer au même quai.
"-Ah on les a vus ce matin à Dubrovnik, eux...
-Ils viennent d'ou?
-Je sais pas, mais vu comme ils manoeuvrent, je pense qu'ils sont francais..."
Nous les laissons avant l'heure du souper, pour quelques rapides kilomètres sur la côte au soleil couchant.