Vendredi 30 avril 2010 5 30 /04 /Avr /2010 17:40

Tout commence dans une petite échope où je rencontre David, Carmen et Samuel, eux aussi à la recherche d'un appartement. Nous décidons de prospecter le lendemain matin, mais à tout hasard, interpelons le serveur du restaurant.

- Nous cherchons un appartement...

A notre grande surprise il nous répond :

- Venez, suivez moi !

Hélas, malgres son enthousiasme il n'a aucun appartement à nous proposer. Il arrête donc le premier badaud venu et lui demande:

- Eh ! Ces jeunes gens cherchent un appartement, t'as un plan toi ?

- Venez, suivez moi ! nous répond-il lui aussi.

Le badaud n'a pas plus de "plan" que le serveur, mais par contre il connaît le pharmacien et le pharmacien lui, peut-être qu'il en a un ... A défaut de s'y connaitre en immobilier, le pharmacien nous emmène chez son voisin bijoutier qui a un copain qui connaît un type qui a peut-être quelque chose pour nous. Ne vous moquez pas, c'est vachement efficace le téléphone arabe. En moins d'une demi-heure nous avons dégoté un propriétaire et sans perdre un instant nous visitons son appartement. S'en suit d'interminables palabres, notre homme ne parlant pas anglais, je m'improvise traducteur négociateur. L'enjeu est de taille, la concentration est intense. L'affaire est conclue vers une heure du matin, une poignée de main, un salamaleycoum, la place est à nous.

L'euphorie ne dure pas ... Le lendemain pour pendre la crémaillère, nous organisons une petite fête. Une vingtaine d'invités, à peine autant de bières, deux ouds (instrument à cordes traditionnel) et un clavier comme fond musical. La soirée n'a rien d'orgiaque mais à peine a-t-elle commencé que l'on reçoit un coup de téléphone du proprio. "Je sais tout, il y a des filles et de l'alcool, arrêtez ça tout de suite! ". Pas de doute, le bawab nous a dénoncés.

D'après le dictionnaire, un bawab est un concierge tout simplement. Pourtant j'ai l'impression qu'il y a dans ce mot quelque chose infiniment plus exotique et mystérieux traduisant mieux la véritable nature du métier...

Le bawab, tel que je le vois , est plutôt une sorte de dieu païen dédié à l'immeuble et à sa protection. Une divinité ombrageuse dont il faut s'attirer les grâces par de nombreuses offrandes (appelées aussi backshish). Parfois en bas de l'immeuble, les bawabs de la rue entière se réunissent en une sorte d'assemblée olympienne. Oh comme je les crains alors car faute d'offrandes suffisantes, nous avons provoqué le courroux du nôtre et depuis quelques temps rien ne va plus.

 

Un jour il nous chipe deux lits et autant de matelas, comme ça sans raison. Ensuite, les ordures ne sont plus collectées et s'accumulent derrière la porte. Puis la lumière du couloir disparait et au cinquième étage uniquement (le nôtre) l'ascenseur ne marche plus.

 

Les choses ne tardent pas à empirer, un jour, ou plutôt une nuit, les policiers débarquent a 2H du matin, réveillent la maisonnée et pour un peu ils auraient perquisitionné. Ce qu'ils cherchaient ? Un mystère. Le lendemain, le bawab revient , accompagné d'un type assez classe. Cette fois il veut "deux coussins, et une couverture brune a carreaux". Non mais, c'est pas fini un peu !

 

Petit à petit, la coloc' s'agrandit et se diversifie. Arrive Ibrahim du Nigeria, puis Abou Houreira un Égyptien et enfin, Delphine et Sophie les deux cyclo-voyageuses qui longtemps caracolaient à mes trousses. Nous sommes donc 8 maintenant, sans compter les hôtes et autres couch-surfeurs de passage qui au fur et à mesure, enrichissent de leurs noms la mapmonde du salon. Ces allées et venues ne manquent pas de faire jaser les voisins. Nos mœurs étranges occupent bien des conversations, jusqu'à l'épicier du coin qui me demande souvent quel type de relation j'entretiens avec les jolies demoiselles (Delphine et Sophie).

Pour enrichir mon vocabulaire, je colle des petits papiers partout dans la maison. مطبخ dans la cuisine, غرفة sur le balcon etc ... Sur le mur de ma chambre j'ai accroche l'inscription "ghourfa fakhira" (chambre de luxe). Venu chercher le premier loyer, le propriétaire est scandalisé par ce dernier papier. Les yeux écarquillés, la voie bégayante, il nous demande des explications "Comment ça ghourfa fajira ?!" Me trompant sur la place d'un point, j'ai en effet écrit fajira au lieu de fakhira (فاجرة au lieu de فاخرة ) ce qui signifie alors "chambre de la luxure" ... et non pas "chambre de luxe"!

Ce matin dans l'ascenseur le voisin m'a jeté un regard plus curieux encore que d'habitude. C'est sur, le bawab a de nouveau cafte. Hier quand il est passé à l'appart', il a vu les tentes installées dans les chambres. "Mais ... mais ... qu'est ce que c'est que ça?!". A l'heure qu'il est, le bâtiment entier doit s'en gausser.

Jouer les stars du quartier ça allait encore, mais les suspects de la police ... non, c'en est trop. Abou Houreira est convoque au commissariat. Les policiers lui demandent des renseignements sur les étranges étrangers du 4 Harun street. Dans nos fréquentations, ils ont trouvé une potentielle activiste du parti communiste égyptien, nous sommes soupçonnés de je ne sais quelle activité louche, et même, pourquoi pas ... de terrorisme.

 

Par Quentin
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 14 avril 2010 3 14 /04 /Avr /2010 18:51

Quartier populaire, nord du vieux Caire. Dans cette partie de la ville, les ruelles arborent de jolies couleurs. La plupart des facades sont peintes en jaune ou en vert. Celles des "Haj" (Musulmans ayant effectué le pélérinage) sont encore plus richement décorées. En plus des représentations de la Qaba (pierre noire de la Mecque) elles arborent aussi des peintures de bateaux, d'avions, de chameaux ou tout ce qui, de près ou de loin, symbolise le voyage.

 

Il y a quelques semaines, j'ai pris quelques jolies photos par ici. Je reviens les rendre à leurs propriétaires. La beauté de l'image,c'est eux qui l'ont créée, je me suis contenté de la figer puis la tirer sur papier, faire durer l'instantané.

 

  Egypte 2652

 

 

Nous voilà exactement à l'endroit du cliché. Une semaine après, la lumière ne semble pas avoir changé, ni le tas de vaisselle d'ailleurs qu'une femme est en train de nettoyer.

- Excusez-moi, vous connaissez cette personne sur la photo, je la cherche?

- Oh! c'est ma soeur. Aziza! Aziiiiiza!

Sa voie est chargée d'enthousiasme et d'excitation, J'ai du mal à comprendre la suite de ce qu'elle crie, mais le contexte suffit, elle appelle sa soeur et apparemment l'enjoint de se presser.

Aziza n'est pas moins surprise de mon retour. Devant la photo, elle rougit de plaisir et de fierté.  Des grosses paluches du voisin aux petites mains de la voisine, en passant par celles du cocher ou du chauffeur de taxi, le petit bout de papier glacé fait rapidement le tour du quartier.

 

Plus de photos

Par Quentin
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 14 avril 2010 3 14 /04 /Avr /2010 17:58

25.03.10

 

Le Caire, c'est une grande ville, très grande ville, tellement grande qu'on l'appelle mégalopole. Mégalopole, c'est le petit nom que l'on donne aux villes dont la taille dépasse l'entendement lorsque, malgré tous ses efforts, l'homme ne peut se représenter une population de 20 millions d'habitants concentrée en un seul point. A cette échelle, plus rien n'est raisonnable, tout est monstrueux. Imaginez un peu les dizaines de tonnes de riz, les dunes de patates, les pyramides de tomates qu'il faut acheminer chaque jour vers la capitale. Et que dire de ce qui en sort : les torrents d'eau sale et les déchets, les montagnes de déchets... ?

Pour récolter et traiter ceux-ci, la ville dispose d'une armée d'éboueurs, les Zabaleen. Ils sont exclusivement coptes (Chrétiens égyptiens) et vivent dans un bien étrange quartier, entre la colline Muqatam et la voie ferrée. Pour traverser les rails, nul besoin de passerelle ni de tunnel, il faut tout simplement ... marcher dessus. Personne ne semble s'en offusquer, certains vendeurs ambulants font d'ailleurs commerce ici et les poules y picorent avec insouciance.

 

Plus on monte en altitude, plus les détritus sont nombreux et pour cause...c'est tout en haut du quartier qu'ils sont triés. Aux angles des rues s'accumulent puis sédimentent des couches d'emballages plastique et des papiers en tous genres. Avec le temps ils se sont fondus au décor, ils en ont pris la couleur, brun poussière.

Avec leur "Allahou akbar" et autres "machaallah" affichés un peu partout, je trouvais les Musulmans un peu ostentatoires mais finalement les Coptes ne sont guère plus discrets. Dans la partie haute de Zabaleen Madina (la ville des Zabaleen), chaque immeuble est orné d'immenses croix, sculptées ou dessinées et cette ferveur s'accentue au fur et à mesure que l'on approche des lieux saints. Oui, lieux saints, car aussi improbable que cela puisse paraître, accrochée à flanc de colline, se trouve l'église Saint Simeon le tanneur, lieu sacré pour la communauté chrétienne.

Depuis là-haut, la vue est à la fois horrifiante et fascinante. En contrebas, dans ce bric à brac de briques et de béton, des troupeaux de chèvres broutent les déchets. Au loin, jusqu'à perte de vue, la ville s'étend, tentaculairement. Un adolescent s'assoit à mes côtés. Comme moi, il vient contempler le spectacle de la ville qui s'endort. " C'est joli ici hein !" me glisse-t-il les yeux reveurs En faisant abstraction du symbolique, d'un point de vue strictement pictural, il a raison mon jeune voisin, de cet univers chaotique nait un triste mais réel esthétisme.

 

 

Par Quentin
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 28 mars 2010 7 28 /03 /Mars /2010 13:51

14.03.10

 

D'après les panneaux, j'arriverai au Caire dans 50 km, pourtant en réalité, je viens d'y entrer. D'abord diffuse, l'urbanisation s'étoffe et se densifie progressivement. La circulation suit une évolution analogue et à partir du panneau "Cairo 20 km", rouler rime avec danger. Heureusement, un conducteur de scooter me guide sur quelques kilomètres, il ouvre la voie et klaxonne à tour de bras tandis que je m'engouffre dans son sillon qu'il crée, slalomant entre les bus et les calèches.

Dopé à l'adrénaline, je ne ressens plus aucune fatigue physique. Au contraire, ma vitesse semble proportionnelle au stress. La logique est simple, moins je me fais doubler, moins je risque de me faire écraser, il faut donc coûte que coûte me maintenir a l'allure du trafic. Les passants m'aident dans la course, la tête dans le guidon, je leur crie ma destination, et d'un geste de la main ils me désignent la bonne direction. Les chauffeurs de taxis sont eux aussi de très bons coach. A vive allure dans une descente, l'un d'eux roule à mes côtés tout en me dispensant de précieux conseils, "première a droite, puis tout droit, plus que 15 km!" . A l'arrière par les vitres grandes ouvertes, l'équipage chante et crie pour m'encourager "go, go, go!".

Le soleil est à quelques degrés au dessus de l'horizon mais à travers l'épais nuage de pollution, il ne filtre déja plus qu'une lumière blafarde et tamisée. Commence un long enchainement de ponts. Ceux-ci n'enjambent ni gouffres ni rivières mais longent les rues à la hauteur des toits, de manière a doubler la capacité de la route initiale. Il y a donc 8 voies, 4 au rez de chaussée, 4 au premier étage. Aux croisements, c'est un peu troublant : un pont au dessus, un pont en dessous et tout en bas, le sol, le vrai. Dans ce monde parallèle, du fleuve de carrosseries au son des klaxons, tout est métallique; mais d'en bas me parviennent les échos d'un univers plus humain, les cris des marchands de fruits et le brouhaha rassurant de la foule. Sur le dernier pont, celui qui enjambe le Nil, un immense embouteillage se forme, la circulation s'arrête, la pression retombe, m'y voilà, il fait nuit mais c'est fini. Sous les feux blafards d'un réverbere, je me découvre une étrange couleur de peau. Des gouttes grises, mélange de sueur et de transpiration, perlent le long de mes bras moites.

A l'hôtel, un homme d'affaire saoudien veut me convertir à l'Islam; une autre fois peut-être, mais ce soir ... je suis trop fatigué pour ça. 
Par Quentin
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Mardi 16 mars 2010 2 16 /03 /Mars /2010 09:09

09.03.10

La journée commence en beauté; après quelques centaines de mètres, la piste décrit une large courbe et semble revenir à Sainte Catherine. Non merci, très peu pour moi ! Je reviens sur mes pas et, presque par hasard, tombe sur l'embranchement attendu: une pierre gravée en balise l'entrée.
Le "bon chemin" n'a de bon que la direction, en cinq kilomètres, je n'en fais pas la moitié d'un sur la selle et il en reste quinze jusqu'à la prochaine vallée. A un ou deux km/h de moyenne, j'y serai peut être demain, si tout se passe bien...
Pose de mi-journée, un bruit de moteur me tire des somnolences dans lesquelles la sieste m'avait plongé, un antique pick-up vient à ma rencontre. Il n'y a plus de place dans l'habitacle mais le conducteur me propose sa remorque. Aussitôt dit, aussitôt fait, c'est évidemment moins classe qu'un chameau mais tout de même très pratique.
Il n'y a pas de doute; le  chaufeur est un chauffard, il dévale la piste a 100 à l'heure et me fait coucou dans le rétroviseur. Cramponné à mon vélo, je lui fais signe que tout va bien, mais sans trop y croire.


Egypte 2296Egypte 2310


Il me dépose à Wadi Feiran où je retrouve l'asphalte,  l'usage de mon vélo et un rhytme plus serein. A la sortie de l'oasis, je fais une étrange rencontre: le jeune garçon marche sur la route au milieu du désert. D'où peut il bien venir ? Du village voisin m'explique -t-il, à deux heures de marche d'ici et il compte arriver dans la soirée à Sheikh Awad là d'où je viens ce matin ...
Comme il a faim et soif, on s'installe à côté de la route et je prépare un grand goûter. La route est encore longue mais ce n'a pas l'air de l'inquiéter,  "Dans une maison, je demande du pain, dans l'autre de l'eau ..., pas de problème. " Pour ses quinze ans il me paraît plutot dégourdi le bonhomme. Sa présence légère et joyeuse est un véritable cadeau, c'est un  beau  moment que l'on passe ensemble. Mon joli couteau le fascine; comme beaucoup, il aimerait bien que je lui en fasse cadeau. Chargé de valeur sentimentale, je ne veux pas m'en séparer mais tente de lui offrir quelque chose d'autre, un cour de photographie, des fruits, des stylos...

charmant brigandEgypte 2317

" اندك فلؤز؟ "  il me demande aussi de l'argent. En principe, je n'en donne jamais, mais après tout, que vaut ce genre de principes ? Pas grand chose je crois. J'ai tout, il n'a rien, et pourquoi ? Bien malin qui me le dira. Par le jeu du hasard, cet argent est le mien, il aurait pu tout aussi arbitrairement être le sien. Le billet en poche, il part en courant et dansant  "Hou houu!" il balance ses bras d'un côté à l'autre et de temps en temps, il se retourne pour me saluer.
Dix minutes plus tard, en rangeant les affaires, je tombe sur le fourreau vide du couteau, impossible de retrouver ce dernier.  "Oh le gredin, il me l'a chipé ! ". Je saute sur le vélo et entame le deuxième demi-tour de la journée, avec plus d'énergie cette fois ci. Je le retrouve deux kilomètres plus loin, marchant et sautillant le long de la route,  Des qu'il m'apercoit, il détale droit devant, je glisse le troisième plateau. La course étant vaine, il change de tactique, saute dans le bas côté et file dans la montagne. La partie de cache-cache a commencé.
Dans un vallon, se trouve une maison abandonnée, refuge idéal pour mon charmant brigand. En entrant, j'ai une désagréable sensation, tendre l'oreille, marcher à pas de loup, guetter les empruntes dans le sable,  je me sens  traqueur et ce n'est pas très confortable, je n'aime pas trop ma nouvelle âme de chasseur. Une demi-heure plus tard alors que je perds espoir, je le vois apparaître  derrière un rocher. Au-dessus de sa tête, il brandit le couteau dont la lame luit au soleil, il s'approche, le pose sur une grosse pierre puis s'écarte rapidement.
Le bien récupéré, l'histoire pourrait s'arrêter là. J'en décide autrement.  Au début ,j'essaye de me fâcher, le résultat n'est pas très concluant, Je me replie sur la tristesse qui elle est loin d'être feinte. Triste est la fin de notre jolie relation, triste est l'argent et son absurde répartition,  triste est sa djellaba trouée...   " On n'est plus amis maintenant ?!" lui aussi en devient affecté. Je rejoins mon vélo, il rejoint la route, plusieurs fois il m'appelle, j'amais je ne me retourne. " Il faut qu'il regrette son geste", " s' il en est peiné, il ne recommencera plus " (Quelle prétention, celle du donneur de leçons).  Quelques heures plus tard, je ne me sens pas très fier, pas très humain. Je regrette de ne pas lui avoir répondu, pardonne, embrasse, mon voleur au bon coeur. Je voulais lui " faire la morale" mais finalement c'est lui qui me la donne. Au diable cette morale bien pensante et condescandante! Ah pour sûr, c' est bien facile de ne pas voler quand on n'a rien à envier.

La vent coupe court au débat, le temps n'est plus aux remords mais à l'effort, la brise en soufflant soulève des nuages de sable qui me fouettent au visage. J'installe de nuit le bivouac. Entre les arceaux qui se tordent et ceux qui se cassent, je mets près d'une heure à monter la tente. Petit à petit, celle-ci se remplit de sable, dont les grains s'agglutinent à la transpiration et se collent à la peau. Décidemment, c'est toute une aventure ce Sinaï.

plus de photos

Par Quentin
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

  • : petite reine méditerranéenne
  • petite reine méditerranéenne
  • : Une année à vélo autour de la mer Méditerranée, à la rencontre de nos voisins de l'est et du sud.

photos Aléatoires

  • petits airs de Mongolie
  • Camion qui fait prout-prout-prout...
  • syrie 1072

pour me contacter

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés