Le Caire

Publié le par Quentin

14.03.10

 

D'après les panneaux, j'arriverai au Caire dans 50 km, pourtant en réalité, je viens d'y entrer. D'abord diffuse, l'urbanisation s'étoffe et se densifie progressivement. La circulation suit une évolution analogue et à partir du panneau "Cairo 20 km", rouler rime avec danger. Heureusement, un conducteur de scooter me guide sur quelques kilomètres, il ouvre la voie et klaxonne à tour de bras tandis que je m'engouffre dans son sillon qu'il crée, slalomant entre les bus et les calèches.

Dopé à l'adrénaline, je ne ressens plus aucune fatigue physique. Au contraire, ma vitesse semble proportionnelle au stress. La logique est simple, moins je me fais doubler, moins je risque de me faire écraser, il faut donc coûte que coûte me maintenir a l'allure du trafic. Les passants m'aident dans la course, la tête dans le guidon, je leur crie ma destination, et d'un geste de la main ils me désignent la bonne direction. Les chauffeurs de taxis sont eux aussi de très bons coach. A vive allure dans une descente, l'un d'eux roule à mes côtés tout en me dispensant de précieux conseils, "première a droite, puis tout droit, plus que 15 km!" . A l'arrière par les vitres grandes ouvertes, l'équipage chante et crie pour m'encourager "go, go, go!".

Le soleil est à quelques degrés au dessus de l'horizon mais à travers l'épais nuage de pollution, il ne filtre déja plus qu'une lumière blafarde et tamisée. Commence un long enchainement de ponts. Ceux-ci n'enjambent ni gouffres ni rivières mais longent les rues à la hauteur des toits, de manière a doubler la capacité de la route initiale. Il y a donc 8 voies, 4 au rez de chaussée, 4 au premier étage. Aux croisements, c'est un peu troublant : un pont au dessus, un pont en dessous et tout en bas, le sol, le vrai. Dans ce monde parallèle, du fleuve de carrosseries au son des klaxons, tout est métallique; mais d'en bas me parviennent les échos d'un univers plus humain, les cris des marchands de fruits et le brouhaha rassurant de la foule. Sur le dernier pont, celui qui enjambe le Nil, un immense embouteillage se forme, la circulation s'arrête, la pression retombe, m'y voilà, il fait nuit mais c'est fini. Sous les feux blafards d'un réverbere, je me découvre une étrange couleur de peau. Des gouttes grises, mélange de sueur et de transpiration, perlent le long de mes bras moites.

A l'hôtel, un homme d'affaire saoudien veut me convertir à l'Islam; une autre fois peut-être, mais ce soir ... je suis trop fatigué pour ça. 
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eko 14/04/2010 05:39


felicitation :) c'est blog est tellement cool.


Aji Adrien 29/03/2010 13:57


Cairo-messenger?
La populasse-guide de ce genre, c'est une bonne chose pourles out-of-town durant les alleycats.
Trop beau ces derniers kils!
J'ai enfin causé à Jean (à Eindhoven), il check ton blog avec Lucas (l'autre Erasmus lausannois) et apprécie bien tout tes derniers articles et les photos…
On pense à toi, et on se réjouit du vrai Quentin.