Zabaleen madina

Publié le par Quentin

25.03.10

 

Le Caire, c'est une grande ville, très grande ville, tellement grande qu'on l'appelle mégalopole. Mégalopole, c'est le petit nom que l'on donne aux villes dont la taille dépasse l'entendement lorsque, malgré tous ses efforts, l'homme ne peut se représenter une population de 20 millions d'habitants concentrée en un seul point. A cette échelle, plus rien n'est raisonnable, tout est monstrueux. Imaginez un peu les dizaines de tonnes de riz, les dunes de patates, les pyramides de tomates qu'il faut acheminer chaque jour vers la capitale. Et que dire de ce qui en sort : les torrents d'eau sale et les déchets, les montagnes de déchets... ?

Pour récolter et traiter ceux-ci, la ville dispose d'une armée d'éboueurs, les Zabaleen. Ils sont exclusivement coptes (Chrétiens égyptiens) et vivent dans un bien étrange quartier, entre la colline Muqatam et la voie ferrée. Pour traverser les rails, nul besoin de passerelle ni de tunnel, il faut tout simplement ... marcher dessus. Personne ne semble s'en offusquer, certains vendeurs ambulants font d'ailleurs commerce ici et les poules y picorent avec insouciance.

 

Plus on monte en altitude, plus les détritus sont nombreux et pour cause...c'est tout en haut du quartier qu'ils sont triés. Aux angles des rues s'accumulent puis sédimentent des couches d'emballages plastique et des papiers en tous genres. Avec le temps ils se sont fondus au décor, ils en ont pris la couleur, brun poussière.

Avec leur "Allahou akbar" et autres "machaallah" affichés un peu partout, je trouvais les Musulmans un peu ostentatoires mais finalement les Coptes ne sont guère plus discrets. Dans la partie haute de Zabaleen Madina (la ville des Zabaleen), chaque immeuble est orné d'immenses croix, sculptées ou dessinées et cette ferveur s'accentue au fur et à mesure que l'on approche des lieux saints. Oui, lieux saints, car aussi improbable que cela puisse paraître, accrochée à flanc de colline, se trouve l'église Saint Simeon le tanneur, lieu sacré pour la communauté chrétienne.

Depuis là-haut, la vue est à la fois horrifiante et fascinante. En contrebas, dans ce bric à brac de briques et de béton, des troupeaux de chèvres broutent les déchets. Au loin, jusqu'à perte de vue, la ville s'étend, tentaculairement. Un adolescent s'assoit à mes côtés. Comme moi, il vient contempler le spectacle de la ville qui s'endort. " C'est joli ici hein !" me glisse-t-il les yeux reveurs En faisant abstraction du symbolique, d'un point de vue strictement pictural, il a raison mon jeune voisin, de cet univers chaotique nait un triste mais réel esthétisme.

 

 

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